jeudi 24 mai 2012

LA VIE EST UNE FETE ?



22/05/2012
Ce soir je prépare des petits en-cas pour mon chéri et moi. Dans deux jours, cela fera 9 ans que nous nous sommes mariés. Pour fêter cela, j'avais pris rdv dans notre spa préféré à Mouscron il y a des mois de cela (c'est un Spa très demandé).
(Cela me donne en même temps une drôle de sensation. J'étais alors encore en poste quand j'avais noté ce rdv dans le Filofax très classe que j'ai laissé au bureau. Mais, parfois, je me demande si tout cela a réellement existé...comme une vie parallèle)

Mais, je dois dire que je me sens remarquablement bien à l'idée de ne pas laisser cette soirée se dérouler sans un peu de magie...Pendant mes préparatifs, m'est revenue une phrase d'une fille qui est en passe de devenir une nouvelle référence pour moi. C'était dans une interview de la rubrique "une fille-un style" de l'émission "la mode la mode la mode". Le principe est simple : "comment, darling, as-tu réussi à avoir ce style incroyable ?" "oh ben, j'associe des petites choses simples, une veste Chanel, des répettos et un jean vintage de chez Armani !"...Vous voyez le genre ?
Mais celle à qui je pense c'est Joséphine ! Elle est la fille du batteur (je crois ?) d'Alain Bashung. D'où le titre de son spectacle : Joséphine ose ! Certes, j'ai fait connaissance avec elle à travers cette émission, disons...en dehors des réalités, mais Joséphine est différente : D'abord, elle a une collection incroyable de chaussures, rangées dans un style très personnel, mais surtout elle associe une grâce naturelle à un sens certain de l'auto-dérision et une fantaisie joyeuse qui fait du bien, même à travers l'écran de télé. Oui, quand Alexandra G s'étonne que cette charmante enfant aille faire ses courses dans une belle petite robe noire, elle répond : "Ma vie est une fête perpétuelle !"
D'ou la question fondamentale que je me suis posée : Est-ce que la vie est une fête ou peut-on faire de sa vie une fête ? Si je prends le cas de Joséphine, pourquoi pas puisqu'elle vit (suffisamment bien j'espère) de ce qu'elle aime. Elle a écrit seule les chansons, textes, vannes et certainement aussi les chorégraphie de son spectacle. Et elle écrit aussi pour les autres. D'où mon intérêt et mon respect. On pourrait argumenter, face à son teint frais, qu'à la vingtaine oui la vie est une série ininterrompue de choses drôles (!) et oh tellement excitantes (!!), mais Joséphine a 28 ans et elle fait preuve d'une belle maturité. Tout en restant pétillante. Une sorte de Bollinger quoi !

Je dois dire que mon éducation ne m'a pas portée vers une légéreté sans fin...mes parents étaient des personnes très sérieuses qui ont définitivement décidé de ne plus s'amuser aprés l'été 1985. Il ne s'était pourtant rien passé de spécial si ce n'est que nous avions déménagé. Ma grand-mère, que les anges la protégent quand même, n'a jamais souri sur une photo. (En fait j'en ai une d'elle, que je cache précieusement, où elle tire la langue...un moment de grâce).
Ne pas paraitre sérieux est considéré comme une faute grave dans nos sociétés. C'est assimilé à de l'incompétence, ou à un manque de respect.
Pourtant, je constate dans l'éducation de ma fille que ce sont les choses apprises de façon ludique qu'elle retient le mieux. Je ne vous parle évidemment pas du fait de traverser la rue ou même de se promener prés des voitures sans me tenir la main. Cela fait partie des choses non négociables. Tout comme toucher à mes bijoux.

Il y a des fêtes tristes, je suis d'accord. Celles qui sont ratées parce que les invités ne sont pas venus, par exemple. D'ailleurs, une des scènes que je ne supporte pas de ma série chérie, Friends, est celle où Ross attend seul devant son buffet intact des invités qui font une méga-teuf tout à côté de chez lui. Cela m'est insoutenable. Oui, j'imagine que cela évoque l'abandon pour moi.
Il y a des fêtes où l'on ne se sent pas à sa place ou pire où l'on se sent de trop. Et pourtant des miracles se produisent parfois. Je pense au personnage de Sex and The City, Standford, qui est très mal à l'aise dans cette boite gay où tous les autres mecs sont gaulés comme des dieux...jusqu'à ce que le plus beau de tous s'intéresse à lui parce qu'il porte des slips français, et qui lui offre un verre. (aurais-je omis de vous signaler que c'était une soirée "sous-vêtement" ?).

Au début de la trentaine, je désespérais de n'avoir pas assez perdu les nuits de ma jeunesse en boite et que maintenant c'était trop tard, que plus jamais je n'allai grimper sur une chaise en faisant l'animation à moi toute seule. Une de mes anciennes collègues, devenue une amie, m'avait dit une chose que je garde comme un Graal sacré, un mantra, bref, quelque chose que j'aime bien répétter et me répetter "tu vas encore t'amuser..mais autrement". Bah oui, c'est simple et évident mais cela sous-entend que tout doit se renouveler, se réinventer. Et que rien n'est perdu.
Bon, elle avait aussi l'habitude de dire "j'ai 17 ans...dans ma tête". On sait bien que ce n'est pas vrai. Ni pour elle, ni pour moi : On connait beaucoup plus de positions maintenant c'est évident.

La vie, c'est aussi des coups durs, des déceptions ...amoureuses, en amitié ou au boulot. Dans le fond, c'est toujours la même petite voix en nous qui demande pourquoi on ne nous aime plus.
Pourtant, je me sens infiniment mieux à ajouter des bulles ou des couleurs à la vie, à voir le noir brillant. Un peu comme Fran Drescher (pour ceux qui ont bien vécu dans les années 90, la série : une nounou d'enfer). Elle est celle qui est habillée en rouge quand tout le monde porte du beige. Elle avait certes des tenues improbables (à losanges rouge et vert parfois) mais personne ne s'est jamais ennuyé en sa compagnie.

Faire de sa vie une fête c'est aussi avoir une conception bien particulière du bonheur.
L'année dernière, lorsque j'ai suivi la formation sur "le Bonheur au travail", l'animateur avait soulevé que le fait de paraitre heureux était souvent associé à de la bêtise, ce qu'il déplorait fortement bien entendu. Ah cette belle expression : un imbécile heureux.
Est-ce que le bonheur rend vraiment niais ? Mais si être joyeux vous fait passer pour un benêt, la tristesse vous rendrait-elle pour autant plus fin dans votre analyse ?
Pourtant, être gai nous rend infiniment plus efficace dans le travail, plus patient face au quotidien. Et puis, n'est-ce pas dans ses moments-là que l'on se sent le plus vivant et le plus "soi-même" ? L'argument "il m'a fait perdre l'esprit", "je n'étais pas moi-même" tient-il vraiment ? Ou n'est-ce finalement que l'expression d'un désir bien enfoui, là-bas tout au fond, sous les couches successives d'idées reçues et d'interdits ?
Avoir maintenant concience de ce qui est et fait mon bonheur est une des meilleures choses qui me soient arrivées. J'avais écrit une chronique là-dessus (qui a été perdue) où j'exprimais que cela m'a transformée et a changé mon regard sur ma propre vie. Cela n'exclut pas les moments de blues où le désespoir vient se rappeler à moi, mais j'arrive maintenant à le laisser toquer derrière la fenêtre. Et quand un peu aprés, je tourne de nouveau la tête, il est parti là-bas, dans son paysage de neige. Le soleil s'est montré et mon despoir fuit très loin. Et moi, je vais sortir pour m'amuser et faire un bonhomme de neige.
Ou aller profiter de ma terrasse, du jardin...il fait beau aprés tout. C'est tout de suite plus festif de tartiner du saumon fumé ou de la tappenade sur des miches de pain quand on le fait sous une pergola où pousse de la glycine, non ? Surtout quand on pense qu'on pourrait bien se faire un verre avec un truc sympa dedans. Personnellement, la simple vue de feuilles de menthe dans un verre avec du sucre et des glaçons me remplit de joie...

samedi 28 avril 2012

HANG ON BABY, HANG ON...*



http://youtu.be/ykKNC6NjgMc
(à écouter en lisant)


* Tiens bon, (chérie/bébé/ma puce/...), tiens bon

Je sors d'une petite nuit, cad insomnie depuis 3 heures du matin, ce qui n'a rien d'étonnant étant donné le vendredi pourri que j'ai vécu.
Je suis fatiguée et pas très aidée par le temps gris et blanc. Mon coeur est lourd, lourd...
Je sais que tout ça va finir par s'arranger. Que je vais retrouver du travail. Que je vais faire refleurir ce qui a été cruellement piétiné.Que le temps va arranger les choses...Cette même expression a été employée par une personne que je connais et qui a subit une tentative de meurtre. Elle attend que le temps passe et efface peu à peu son angoisse, sa douleur. Je dis toujours qu'il n'y a rien de plus con que de faire un concours de souffrance, mais là je lui laisse la première place, je lui souhaite toute l'attention du monde, toute l'amitié qu'il est possible de donner !

Je suis partagée entre une certaine douceur, peut-être de la lassitude, et une envie de pleurer. Une envie à bas bruit, qui se fait discrète et qui éclate sans prévenir...Il suffit que je pense à la réaction de M-G (qui est maintenant une ex-collègue) pour que les larmes me viennent. Je suis certaine qu'elle a pleuré quand on lui a annoncé la nouvelle...car je n'ai pas pu lui dire au revoir. Je n'en ai pas eu le temps. D'autres personnes ont pleuré avec sincérité en me serrant dans leurs bras, en me souhaitant "une belle renaissance". D'autre ont avancé que c'était "émotionnellement très dur", croyez-le ou non mais je les crois sincères...mais je ne me fais pas de souci pour eux, cela leur passera vite !
Je suis donc dans un état où j'ai besoin de réconfort. J'en ai reçu de mes amours. Mais ce n'est pas leur affection qui fait défault mais bien l'estime de soi qui est en berne, l'espoir qui est hésitant.
Alors dans ces cas-là, je fais appel au "souvenir émotionnel réparateur". Je vais chercher une petite madeleine de Proust qui me remet dans une situation antérieure relativement indentique, où j'ai dû surmonter un desespoir inattendu et quand j'ai besoin de recapitaliser sur moi-même. Cette chanson "Save all your kisses for me" en est le principal actionnaire. J'essaie de ne pas y faire appel trop souvent pour ne pas le déforcer, mais là, j'en ai grand besoin !
Dans les grandes lignes : un oral de fin d'étude s'était mal passé car malgré toute ma bonne volonté, ma préparation et même ma passion pour la matière, j'avais échoué (ça arrive). Ce qui m'avait plongée dans un état de larmes sans discontinuer. Parce que je ne m'y attendais pas, parce que jamais je n'aurai pensé que cela puisse m'arriver...comment une situation si positive au départ avait-elle pu se changer en un océan de tristesse et d'incompréhension ? (cela vous évoque un peu ma situation actuelle ?). Aujourd'hui, je ne peux pas dire que cela m'a totalement surprise. Pour tout vous dire quand on voit une personne se conduire avec une totale méconnaissance de la nature humaine et un profond irrespect des autres, on s'attend à ce que cela vous tombe aussi dessus. Mais pas si tôt. Mais pas comme ça.
Ou alors, j'ai été trop présomptueuse, trop imbue de moi-même. Pire, j'ai cru un an plus tôt aux "il n'a rien de négatif, aucune remarque, aucun reproche à vous faire", " vous vous êtes habituée à une situation, à une législation totalement nouvelle". Oui, vraiment quel manque d'humilité de ma part...

C'est vrai qu'une situation n'est positive ou négative qu'à un moment T, elle fluctue, elle évolue, c'est dans la continuité des choses. Mais, quand on peut mettre le mot "fin" (la fin d'une historie d'amour, d'un contrat de travail, etc.), on peut de fait évaluer et donner une connotation. Et si la fin est triste, il est dans la logique humaine de lui donner une note globalement négative.

Je vous ai laissés en plan, avec moi, étudiante, en train de verser des torrents de larmes. Je m'en excuse et vous sors de cette situation de drame : je ne voulais plus continuer, je ne voulais plus rien faire..seuls les mots de ma gentille colocataire m'avaient tiré de ma rage et de mon chagrin, "essaie juste ton oral de philo de demain, tu verras bien...". Le lendemain, l'oral s'est correctement déroulé et le prof transmettait une incroyable zénitude (ou l'inverse) et je suis revenue à mon "Kot" en dansant presque, c'était une comédie musicale dans ma tête avec les passants qui faisaient une chorégraphie pour moi. En rentrant, j'ai allumé la radio et la prenière chanson que j'ai entendue c'était "Save your Kisses for me" par Brotherhood in man...et si vous écoutez bien, ce qui revient souvent et qui a du sens pour moi c'est "Hang on, baby, hang on..."

ps : Tout en réfléchissant, j'ai lu un article vraiment intéressant sur yahoo "Ce qui fait un bon ou un mauvais patron", je le partage avec vous...http://fr.finance.yahoo.com/actualites/les-huit-secrets-des-patrons-hors-du-commun.html

vendredi 13 avril 2012

GOD SAVE THE COOK (suite et peut-être pas fin...)

L’heure est grave, je suis dans une terrible frustration. D’où ma nécessité de reprendre le tout premier message de ce blog et de vous faire partager mes élucubrations :

En mai prochain sort en France le tout nouveau Livre de Jamie (voir plus haut). Il est déjà sorti en septembre dernier en Angleterre (en VO), et vous vous doutez bien que ce n’est qu’une volonté vacillante d’être un peu raisonnable, et aussi le manque de finances m’empêchant (temporairement) d’aller en Angleterre qui font je me vois contrainte de ronger mon frein …

En parallèle, Nigella « écrit comme une folle », « séquestrée dans une cellule sans fenêtre » (ces « witters » sont issus de son site internet) pour finir dans les temps un nouveau livre de recettes, entièrement consacrée à l’Italie. Cela promet d’être un très beau livre, il s’appellera : Nigellissima.
Il y a quelques années, Jamie l’avait fait également. Mais, comme ils adaptent les recettes italiennes à un public plus large (et principalement anglo-saxon), la touche anglaise est omniprésente. Et grâce à leur profond respect pour cette cuisine et pour la cuisine en général, c’est fait de façon intelligente.

J'ai bien trouvé quelques trucs pour patienter :

J’ai « feuilleté » de façon électronique les premières pages du livre et j’ai hâte, si vous saviez comme j’ai hâte ! Des recettes que j’ai déjà envie d’essayer, l’ enthousiasme communicatif de Jamie et son entourage « créatif », toujours si inventif (photos, mises en pages, commentaires)…ça promet d’être un "vrai kif". Je me vois déjà la tête adossée aux coussins de mon lit à lire religieusement…

Je suis aussi depuis plusieurs semaines les différentes étapes de la rédaction du livre que Nigella met sur son site internet. Ce n’est pas fixe, elle poste quand elle en ressent le besoin (comme je la comprends). Cet aspect imprévu apporte du piquant puisqu’il crée de l’attente (enfin, chez moi...Et chez ses fans aussi, je suppose). Il y a peu, je lisais avec délectation ses tribulations à propos d’un achat massif de légumes (« witter du 10 mars), pour illustrer son prochain livre de recettes. Ce qui était, au départ, une idée pertinente : l’Italie est reine pour magnifier et marier les plus simples légumes, a pris les proportions d’un étalage de maraicher et a été transformé, fort heureusement pour ses lecteurs, en idées de recettes. (Nécessité est mère de créativité c’est bien connu). Bref, c’était, comme toujours, très drôle !

De moi côté, j’aime écrire et gourmande comme je suis, la cuisine est une thématique quasi-inépuisable pour moi. Mais, je ne tiens pas à écrire des livres de cuisine. D’abord parce que certaines personnes font ça bien mieux que moi, et puis cela me semblerait réducteur de « tout ramener à la bouffe », même quand celle-ci est bonne.

(Dans l’absolu, je préférerais écrire sur les grands et petits bonheurs, sur tout ce qui peut vous mettre de belle humeur, ou par temps chanceux l’âme en extase ou en paix, c’est une idée qui reste en suspend…).

En fait, je suis comme Nigella, je préfère manger plutôt que de suivre des recettes. Certes, cuisiner me détend énormément et la recherche de nouvelles saveurs, associations, et idées est, en ce qui me concerne, un formidable stimulant pour bien terminer une journée. En revanche, je ne me sens pas la patience et encore moins la capacité à prodiguer des savoirs-faires. De loin en loin, j’aime proposer des conseils directement issus de l’expérience, ce qui induit qu’ils ne doivent pas être suivis, juste adoptés si vous les aimez ou tout le moins si vous vous sentez en confiance avec eux.

J’ai, vous l’avez certainement compris, beaucoup de livres de mes deux auteurs chéris. Je pousse même le vice à acheter et à me faire offrir certains de leurs livres en français ET en version originale. (Tous ceux de Jamie ont été traduits, pour Nigella seulement deux). Par snobisme, peut-être, mais aussi parce que cela répond à des besoins différents chez moi : quand je veux que ce soit fluide, je prends celui en français, quand je veux « les entendre », je m’installe dans un fauteuil (ou le soir dans mon lit) avec la version originale. En fait, j’adapte aux livres, ce que tout un chacun fait face à un film ou une série : quand vous êtes fatigués les sous-titres sont au dessus de vos forces, quand vous êtes passionnés, vous voulez tout, la voix, les mots, les intonations. (Sans compter que certaines expressions ou tournures ne peuvent être rendues dans toute leur saveur).

Le mois dernier, j’ai participé à une formation sur la communication, l’expression orale et il fallait parler d’une de ses passions : j’ai pris comme thématique ce blog et en particulier mon tout premier message traitant de mon attirance pour la cuisine anglaise. Bien-sûr cela a étonné.

Alors pourquoi ?

Je crois que cela a tout simplement quelque chose de…rassurant, de réconfortant…de stable même pourrais-je dire. Ce qui, je le conçois, peut paraitre en totale contradiction avec une expérience traumatisante à laquelle j’ai dû faire face lors d’une journée passée à Canterbury : un « Kidney @ beef pie » dans lequel se trouvent des morceaux de bœuf gélatineux, des petits pois douteux et des grains de maïs perdus là…en plein milieu de la sauce, …c’est une expérience à vivre, mais juste une fois. Pourtant, mon indulgence pour cette cuisine était déjà bien présente puisque je me souviens avoir étonnée (« horrifiée » serait plus juste) certaines personnes en avalant un copieux breakfast avec lard, œufs, saucisses et tutti quanti.

Je vais faire une légère digression : hier soir, nous étions, mon chéri et moi, attablés devant des Penne  Veneziano  et une bouteille de Lambrusco (doux). Un repas simple et merveilleux tels que je les aime. Ceci, d’autant plus que c’est un restaurant où l’accueil et le service sont chaleureux. Pas simplement gentils, mais aussi par leur volonté de proposer autre chose que les « restaurants à touristes » que l’on trouve, malheureusement, un peu partout en France comme en Italie. Pendant que le serveur parlait je me suis vue en plein été dans une trattoria puis au bord d’un lac sous des citronniers. Les explications des recettes sur la carte et sa passion m’ont aussi réchauffée de l’intérieur. Ce qui prouve, et là je reviens doucement à mon propos, que la vraie cuisine d’un pays ne se résume pas aux restaurants (qui parfois étaient devenus des cantines) mais bien à ceux qui la font avec cœur et souvenir des traditions. Je ne parle pas de « traditionnalisme » figé mais bien de revenir aux sources. Concevoir un peu les fondamentaux d’une cuisine comme une mamie pleine de sagesse qui vous répond avec un sourire quand on la taquine.

D’ailleurs, en dépit de mon enthousiasme pour la cuisine anglaise, croyez-le ou on…mais, je n’ai pas encore eu l’occasion de goûter à une vraie cuisine traditionnelle anglaise. Je pourrais aller dans certains restaurants de Londres qui sont des valeurs sûres, mais demandent un certain budget. Ou alors, caresser le rêve d’un pub, un jour dans la campagne galloise ou dans le Yorkshire (ou le Kent) où on me servirait un « steack and Kideney pie » vrai de vrai…


 

Ps : le temps que je finisse d’écrire cette chronique, j’ai appris que Nigella, avait pu « rendre à temps sa copie » et donc était sortie de sa « prison » pour se mettre derrière un appareil photo et constater qu’un plat de…carottes (de courges ?) serait du meilleur effet dans le futur livre.

mercredi 11 avril 2012

UNE MAIN PLEINE DE GRENADES OU UNE MAIN PLEINE DE PIECES



Autant commencer tout de suite par vous rassurer : je n’ai pas changé de voie professionnelle pour une carrière dans l’armée, ni décidé de me faire vengeresse (implacable et énervée) face à des comportements injustes à mon encontre. Non. Ce titre fait simplement référence à un de mes précédents messages (voir « La quête désespérée de la grenade et…)

Pourtant, je vais aborder la question de la justice universelle, à mon niveau, c'est-à-dire à partir de petites choses qui  ensuite se transforment en ébauche de réflexion. Je vous laisserai en combler vous-même les possibles lacunes.

Il serait absurde de dire que la tension et le suspens étaient à leur apogée, mais, je n’attendrai pas la chute de cet écrit pour vous dévoiler qu’ENFIN, j’ai trouvé des grenades. Plus par hasard que par obstination car, pour tout vous dire, je n’étais pas venue en chercher. J’avais un plan de course bien établi, et pour cause, je déteste viscéralement les mégas-hyper-super-marchés, enfin tout ce qui dépasse la taille d’une superette, car j’y perds incroyablement vite patience et tout débordement me parait une perte de temps ;  et, pour appuyer encore mon propos, j’avais, littéralement accrochée à mes basques, une petite fille de 5 ans (la mienne). Au départ, j’avais simplement jeté un coup d’œil, pas bien loin des salades, mais quand on a des obsessions, on a des obsessions. L’entêtement a pris l’avantage sur la raison : j’ai saisi une grenade puis deux (je vais faire des réserves…enfin, j’essaie de me convaincre du bienfait de ce raisonnement). Bien entendu, tout cela va m’amener à des achats non planifiés et hypothétiquement perdre du temps dans un grand magasin. (En rentrant à la maison, je ne me souvenais même plus pour quelle recette ces grenades m’avaient parues indispensables, mais versatile comme je suis, j’en ai vite trouvé une, plus attrayante encore)
A la caisse, j’alternais les courses sur le tapis roulant et les coups d’œil à ma fille avec des « Mon cœur, ne t’éloigne pas ! »  Dès qu’elle faisait mine de lâcher (littéralement) ma veste en cuir, quand une odeur pestilentielle…oui …c’est le terme… s’est imposée à moi. Je n’ai pas immédiatement compris d’où elle venait. Pour être honnête, je trouve que dans ce genre de lieu on ne pense plus, si ce n’est trouver la sortie la plus proche. C’est en voyant les gestes maladroits et la main pleine de petites pièces du monsieur derrière moi que j’ai su que cette odeur, cette main et ces gestes étaient liés.  Le fait qu’il avait acheté bien peu de chose, dont une vague bouteille de vin, sa tenue et son  regard dans le vague auraient dû me mettre sur la voie. Pourtant, non. Est-ce que cela est devenu suffisamment courant pour que cela ne m’étonne plus ?
Le temps que je paie, que je finisse d’empaqueter mes affaires et que je répète pour la 22ème fois à ma fille de « ne pas s’éloigner », il était devenu évident que ce qu’il avait dans la main n’allait pas suffire à payer…quoi ? Presque rien…Une impulsion m’a fait chercher mon porte-monnaie et dans ma tête résonnait déjà la question « combien est-ce qu’il manque ? »… Et à la place je me suis souvenue que j’avais oublié de faire valider mon ticket de parking. Alors, je l’ai tendu à la caissière qui paraissait impatiente que le monsieur parte, j’ai pris ma fille par la main et je suis partie.

Je veux dissiper un possible malentendu : je ne porte aucun jugement de valeurs sur le comportement ou l’attitude de la caissière.  Je ne fais pas son boulot, je ne l’ai jamais fait alors je ne peux pas donner mon avis, il serait bien mal placé.  

Sur le trajet du retour, je me suis interrogée sur les raisons qui avaient avorté mon geste. Vous répondrez que je suis tout simplement égoïste ou que l’on ne peut pas donner tout le temps et à tout le monde. Si on prend cela au pied de la lettre, ce n’est évidemment pas possible. La première hypothèse n’est pas juste non plus si j’en crois les personnes qui m’apprécient et ma propension à donner une pièce ou deux à une main tendue, surtout quand l’autre tient un chat ou un chien (ce qui  me met parfois dans des situations embarrassantes quand, par exemple, je n’ai même plus de quoi payer 10 minutes de parking). Je ne veux pas non plus « trop donner » car cela me ramène au comportement de quelqu’un qui me faisait honte. Je l’ai vu vider des porte-monnaie face à des personnes incapables de le reconnaitre 5 minutes après.  Je sais que mon esprit a été traversé par le fait que j’allais paraitre ridicule aux yeux de la caissière…pourtant, la générosité est un comportement que je valorise.  Vous me direz peut-être que j’ai pensé beaucoup de choses pour quelqu’un qui était « incapable de penser ». Mais, cette idée a été furtive,  et elle a certainement suffit à déterminer mon comportement.
Je ne cherche pas ici à démarrer une psychanalyse ou une analyse approfondie. En fait, le temps que tout cela tourne et retourne dans ma tête, je suis arrivée à la simple conclusion que je voulais comprendre ma décision pour pouvoir  au mieux l’adapter plus tard. Les personne qui ne donnent jamais rien ou donnent tout ce qu’elles ont n’existent pas. Mais alors, où placer le curseur pour être en paix avec soi-même ?  Est-ce qu’on donne par pure générosité ou simplement pour se donner bonne conscience ? Vous savez comme moi que ce type de réponse n’est pas satisfaisant…  Nos actes sont fortement influencés voire déterminés par les situations  dans lesquelles nous nous trouvons. Nous avons tous des valeurs dont les origines sont multiples. Le fait de donner peut avoir  une connotation totalement positive (c’est un principe commun aux religions) ou totalement négative.
Est-ce qu’il y a une vérité absolue ?  Mon sentiment est qu’il n’y a de vérité que pour soi. Y mettre un principe universel est une illusion.

Puis,  un signal sur ma voiture m’indiquant qu’une porte était mal fermée a obnubilé mon esprit. Et ceci bien plus longtemps qu’il me m’en avait fallu pour me poser ces deux ou trois questions.
 

Plus tard, en rangeant mes courses, j’ai repensé au prix de mes grenades. De chacune. Et des deux ensembles. Et je me suis de nouveau posé ces mêmes questions…moi, qui avait cette chance d’avoir la main pleine de grenades.


dimanche 1 avril 2012

REVER SA VIE EN PANTALON ROUGE ET PULL ROSE



Le week-end dernier le beau temps m’a amenée dans le jardin et allez savoir pourquoi (par association d’idées sans doute), m’est revenu en mémoire un frais matin de janvier d’il y a une quinzaine d’année. Ou plus exactement un matin idéalisé.

Vous devez savoir que j’ai longtemps acheté des vêtements parce que je me voyais avec dans un futur, un moment rêvé et planifié. En l'occurence, j'avais acheté un pull rose, mousseux (et coûteux)chez Laura Ashley, à porter avec mon mythique pantalon rouge, parce que je voulais être habillée comme ça au matin du 1er janvier chez des amis d'amis avec qui nous fêtions toujours le réveillon. Je m’étais « vue » dans ces vêtements, allongée sur leur canapé, dans un grand moment de quiétude en train de caresser un des chats et d’être là tous ensemble comme cela arrivait souvent. Je ne sais plus si j’ai été vêtue comme je l’avais planifié, je sais en revanche que cela ne s’est jamais vraiment déroulé. Cette matinée n’a vécue que dans mon imagination. Nous avions passé beaucoup de temps ensemble, préparé des repas, des anniversaires, des nouvels ans, etc. mais j'ai découvert à mes dépends que les "amis de mes amis [ne] sont [pas toujours] des amis". J'avais organisé un w-e prés de la mer et le couple d'amis qui faisait le lien s'était désisté car l'un d'eux était malade. J'avais appelé pour connaitre l'heure d'arrivée des autres et celle qu'on appelait "Za" m'avait répondu sans le moindre tact "Si Tho et Ma ne sont pas là, on n'a pas de raison de venir". Cette simple phrase, en dehors du fait qu’elle m’a fait mal, m’a immédiatement éclairée sur la nature et le manque de profondeur de notre amitié.
Il avait suffit de quelques mots pour que je ne passe plus de temps en leur compagnie.

Que sont devenues ces amitiés, qui sont finalement de passage ? Quelle utilité ont-elles ? Servent-elles à nous construire ou ne sont-elles là que pour combler un vide ? J'ai un jour posé ces questions à quelqu'un dont j'avais foi ...ce quelqu'un m'a dit qu'on n'avait partagé que des moments de plaisir, pas de moments difficiles...
Je suis plutôt d'accord mais...est-ce que cela signifie que le plaisir partagé ensemble n'a pas de valeur ? Pourtant, ce dont je me souviens le plus volontiers c'est le simple plaisir d'être avec certaines personnes, de m'assoir avec elles autour d'une table de restaurant et de partager nos vies et des cheese-cakes ! Ces amitiés se nourrissent du manque car nous nous voyons peu ou plus exactement "jamais assez". A chaque fin de journée nous avons cette même phrase "c'est encore passé trop vite".
De plus, à combien de personnes avez-vous confié vos doutes, vos chagrins ou à l'inverse que vous avez écoutées, consolées parfois conseillées, sans qu'une relation sincère se crée pour autant ?

Je me suis vue à de nombreuses reprises dans des vêtements précis pour accompagner les situations que je voulais vivre. Le plus souvent, j'ai acheté ces vêtements, comme si ce simple acte allait les faire naitre. Bien entendu, ces moments ne sont jamais vraiment venus. On ne peut pas rêver sa vie à l’avance.

Pourtant j’ai dans ma garde robe des vêtements symboles de réussite , de progrés…de bonheur (le fameux pantalon rouge), mais surtout : le tailleur pantalon après l’examen de méthodologie (c'est une matière en psychologie expérimentale, maintenant que vous savez ça, vous pouvez tout à fait l'oublier).
Laissez-moi vous donner cet exemple : en licence, je devais passer un oral détesté des étudiants car la matière était rebutante et les notes souvent basses (avec un fort coefficient). Je pourrais en faire une chronique entière (bel exemple de résilience*, à mon humble niveau) mais je vais, pour une fois, en donner l'essentiel : je n'avais pas droit à l'échec, j'ai passé cet oral dans les pires conditions possibles et je n'avais de fait aucune mais alors aucune confiance en moi (il faut dire que j'ai très sérieusement pensé à me jetter par la fenêtre la veille de cet examen) et, en définitive, j'ai atteint la meilleure note de la promo (j'en suis encore très fière, pas orgueilleuse je le promets, mais je me répette à dessein : c'est un bel exemple de "résilience"). Une copine d'enfance m'avait accompagnée durant cette épreuve. En sortant je l'avais emmenée vers le Comptoir des Cotonniers le plus proche et j'avais fêté ma victoire en achetant un tailleur pantalon. Un ou deux ans plus tard, nous nous n'avons plus été amies. Tout comme je ne suis plus amie avec celle qui était la marraine de ma fille. J'ai analysé pourquoi je ne pouvais plus envisager que cette dernière fasse partie de ma vie. Mais longtemps, je me suis perdue à chercher pourquoi les petites filles qui se cachaient dans des placards pour passer plus de temps ensemble étaient devenues des adultes que plus rien ne relie...et puis une petite phrase prononcée par ma copine d'enfance ce fameux jour m'est revenu en mémoire : je la revois lisant l'étiquette avec le prix du tailleur et me disant sur un ton en total désaccord avec ma joie exubérante du moment : "si tu peux te le permettre...".
L'autre ancienne amie, celle avec qui j'ai rompu les ponts définitivement avait commencé à se rendre insupportable avec ses fréquentes remarques sur ma propension à dépenser de l'argent pour mes fringues et surtout celles de ma fille...Les amies qui me connaissent bien savent que c'est davantage chez moi un excés d'optimisme (parfois une certaine insconscience) qu'un salaire illimité qui me pousse à ces choix...suivis quand il le faut de périodes de restriction totale.
"Si tu peux le permettre..." m’éclaire de nouveau sur la nature de notre relation et le trait commun entre ces deux amitiés : la jalousie.
(Je viens d'une famille qui a un rapport sain avec l'argent : j'ai beaucoup d'admiration pour les personnes généreuses mais aussi économes, aucune pour celles qui ont la critique ou la radinerie enchainée dans le corps...).

Un ultime exemple le plus fort dans ma mémoire : Le jour où j'ai terminé ce que je considère comme un des meilleurs jobs, je me suis, de nouveau, "vue" dans des vêtements particuliers (ma veste noire en cuir et une longue écharpe pervenche) conduisant ma voiture de retour du travail, avec l'espoir d'intégrer de nouveau et pour un temps très très long ce super job. Cela fait plus de 10 ans que j'ai cet espoir, cette attente tout au fond de moi...depuis quelques semaines des fenêtres ce sont ouvertes...je ne compte pas les laisser se refermer...et le plus compliqué ce n'est évidemment pas d'enfiler ma veste et mon écharpe...Mais, si j'ai l'opportunité d'y revenir, je me ferais un vrai fun à porter l'écharpe et la veste en cuir...



* que d'éventuels puristes m'excusent, il ne s'agit pas strictement de résilience qui est un concept et un processus plus complexe. J'aurais pu parler de "coping" (To Cope : s'en sortir), mais "résilience" est une terme plus connu et qui a transmet, aprés vulgarisation, l'idée de rebondir à partir d'un échec.

mercredi 21 mars 2012

POUR CELLE QUI A TANT AIME SON CHAT (Comme moi...)


Ce soir, j'écoute une chanson merveilleuse et triste, Sugar Kane d'Izia,...c'est l'histoire d'une femme qui a perdu son bébé...une voix pure qu'accompagne une musique épurée et juste...
Et ce soir, je pense à une de mes amies qui est dans la peine...elle n'a pas perdu son bébé...elle l'attend et il ne vient pas...

Nous nous sommes rencontrées en juin dernier dans un restaurant...plus précisément, nous nous connaissions du forum d'une amie commune et nous nous étions cotoyées toute la journée...mais c'est le soir que, mise côte à côte par un heureux hasard, nous avons vraiment fait connaissance. Il y a des rencontres uniques dans la vie, il y a des sensations (rares) de se connaitre déjà par coeur.
Nous partageons beaucoup de choses, elle et moi...Et en particulier l'amour d'un chat qui n'est plus là.
Je ne fais aucun comparatif ni lien avec la chanson citée plus haut, je ne fais aucun comparatif d'ailleurs...Je ne mets pas les douleurs en compétition parce que ça n'aurait pas de sens...Simplement, je sais que nous eu un chat inoubliable dans notre vie..elle a mis le sien sur son écran de téléphone, j'ai mis le mien sur le médaillon d'un pendentif...

Cette amie voudrait avoir un enfant, c'est légitime...
Cet a-m, je suis allée sur Lille avec ma fille, manger des pâtes dans un restaurant italien très bon, se faire couper les cheveux ensemble, lui acheter un t-shirt, regarder les vitrines, entrer dans les magasins...
Alors, je ne lui souhaite pas d'avoir un enfant...je lui souhaite de faire tout ça un jour...que cette réalité soit devenue si quotidienne qu'elle aura mis derrière elle toute cette attente, ces doutes, cette douleur ...cet espoir qu'il faut renouveler à chaque fois...
Ce soir, je ne peux que penser à elle et lui donner quelques idées de petites choses qui peuvent devenir des petits bonheur : laisser le soleil caresser sa joue, manger une tarte au citron sans honte, entendre le bruit du vent dans les branches, avoir envie de plein de choses dans les vitrines, essayer un nouveau rouge à lévres, se plonger dans un livre qui vous emmène, plannifier de prochaines vacances ou un w-e...

Cela ne va pas changer les choses, cela va juste l'aider à attendre...

lundi 19 mars 2012

La quête désespérée de la grenade et l'art délicat de manger des spaghettis



Samedi, mûe par un désir de suivre une recette de Nigella, j'ai cherché une bonne façon de faire de mes magrets de canard un repas succulent, j'ai trouvé une salade, petite merveille de simplicité, avec de la menthe (que j'avais achetée en grosse quantité vendredi par excés d'optimisme), dont il ne me manquait qu'un ingrédient : une grenade. Facile.
En parallèle, mon mari étant parti aider un ami à déménager, j'ai décidé d'emmener ma fille dans un magasin que j'affectionne à Tournai, parce que j'y trouve les marques françaises et belges dont j'aime l'habiller et surtout des petites chaussures rigolottes ET SOLIDES. Il faut dire que j'ai réussi à canaliser les tendances des mamies à lui acheter, en quantité, des chaussures qui défient le bon sens et sont une torture pour les parents qui doivent les enfiler chaque jour à leur enfant chérie ; sans compter qu'elles oscillent entre le mauvais goût et la chaussure orthopédique. Je veux bien qu'elles se sentent utiles (en payant) mais c'est définitivement moi qui choisit.
La matinée s'annonçait donc belle et sans nuages.
Je savais que Tournai allait être animée par le carnaval, mais j'espèrais que la fin de matinée serait encore calme. Nous voilà donc parties, pas trop en retard pour une fois : ma chérie suffisamment motivée avait enfilé ses vêtements sans trop d'intermédes ludiques et en plus, elle était jolie comme tout. Au point que j'avais accordé qu'elle choisisse ses chaussures, en l'occurence des nu-pieds orange à papillons sur des collants beige à rayures bleues...croyez-le ou non mais..."ça le faisait"...un chouia "bobo" mais on ne va pas se plaindre. 
Bref, je devais faire une brève incursion dans le rayon fruits et légumes du supermarché avant de voguer le coeur léger vers Tournai....
Mais il y a des journées qui ne se déroulent jamais comme prévu, quoi que vous fassiez pour conjurer le sort ou remettre les événements dans le bon sens. Je vous explique : j'ai cherché de plus en plus énervée au fur et à mesure des magasins une grenade introuvable, devenant à peine polie voire carrèment infecte. Ce qui m'agace le plus dans ses cas-là c'est que quand vous êtes dans un supermarché vous n'avez, en général, personne pour poser une simple question "avez-vous des grenades ?" (sous-entendez aussi "non ? allez donc voir au fin fond de votre entrepôt...!"), personne pour passer votre colère et vous errez au milieu du rayon...cherchant désespérement du regard ce qui aurait pu échapper à votre empressement. En général, je sors de là dans un état second...mais la panacée revient quand même à ceux qui ont le don pour ne pas comprendre voire vous proposer autre chose, je prends comme exemple mon boucher Bio (qui fait aussi fruits et légumes) : il lui a quand même fallu 5 bonnes minutes pour sortir de derrière son étal, se gratter la tête devant son frigo et me sortir un fruit en me demandant "c'est pas ça ?" (Non Régis c'est une mangue, une mangue...), "si tu veux j'ai des très beaux chou-fleurs..." (des choux-fleurs ??). Seul le mince espoir d'un maraicher à Tournai prés du magasin pour enfant m'a permis de continuer à avoir envie de vivre et à ne pas aller narguer mon poissonnier pour lui demander s'il n'a pas une belle entrecôte (oui parce que je peux demander du poisson à Régis, il en a le bougre..ah aucun respect des régles).
La route fût courte jusqu'à Tournai, Cat power et Katie Mélua me remirent les idées en place et la zénitude bien droite.
(Je fais un bref apparté : certaines personnes ne supportent pas de prendre le chemin pour aller bosser, moi, je m'en fiche, je suis sotte de Tournai et d'ailleurs j'y allais pour le plaisir bien avant d'y travailler).
L'apparition de lutins et de têtes coiffées de perruques fushia auraient dû me mettre la puce à l'oreille  et même me faire retourner sur le champs, mais j'avais DECIDE d'aller chercher des chaussures. Aprés avoir perdu presque 20 minutes à chercher une place pour me garer (ce n'est pas qu'il n'y en avait pas, c'était juste interdit partout), être revenue au point de départ, j'ai décidé de faire marcher (trop) une petite fille qui commençait à ronchonner. Sur la place, un homme à haut de forme proposait des bonbons aux enfants, le sourire allait presque me revenir quand ce crétin m'a aspergée de confettis. J'étais trop pressée pour lui faire repasser l'alcool par le nez (et dire qu'il n'était pas midi)...et bien entendu j'ai pu constater de mes yeux...que le magasin était fermé (c'est curieux mais je me fichais complétement de ma grenade à ce moment-là)...La pluie commençait à tomber et ma chérie avait des airs à vouloir faire la sieste dans la rue...dans ces cas-là, il faut contrer le sort et adopter une attitude totalement inattendue : prendre son temps. J'ai pris ma fille dans les bras et au contact de sa petite joue, j'ai trouvé comment obtenir la satisfaction que cette journée était censée m'apporter. Une fois revenue chez moi et avoir tenté, en vain, de joindre mon chéri pendant une heure pour savoir quand il pensait rentrer, j'ai pris ma décision : j'ai demandé à ma fille, pour la rhétorique, si ça la tentait d'aller manger au restaurant et nous sommes parties sur Lille.
(comme je peux parfois me mentir à moi-même, la semaine précédente mon chéri m'avait fait découvrir un  restaurant italien très bon...avec une fabuleuse tarte au citron...).
Devant mon assiette d'antipastis, je me suis brusquement souvenue que je devais 10 minutes plus tard emmener mon chaton chez le vétérinaire, le rendez-vous était pris depuis 15 jours, j'ai tenté pendant quelques minutes de me connecter avec mon portable pour trouver le numéro de la clinique et m'excuser...mais bien entendu batterie s'est déchargée, alors j'ai rangé le téléphone au fond du sac et je me suis concentrée sur ma fille...c'est alors que le miracle s'est produit : elle avait choisi des spaghettis  et tentait maladroitement de les enrouler autour de sa fourchette...j'aurais pu lui donner la becquée, non j'ai décidé de lui montrer et montrer et encore montrer jusqu'à ce que le résultat soit... très satisfaisant, en fait ! Je peux difficilement vous expliquer l'état de bonheur dans lequel j'étais pendant tout ce repas, il y a quelque chose de l'ordre de la grâce à apprendre quelque chose à son enfant...(et vous savez ces petites choses simples et magiques qui défont les noeuds de l'existence)...En plus, elle m'a complétement fait sourire quand elle a dit au moment du dessert "Mais Maman, la semaine dernière on n'avait pas demandé au Monsieur ce que c'était que le Pinguinos au chocolat ". Je vous livre la réponse qu'on m'a faite "vous connaissez le kinder Pingui ? et bien là c'est nous qui le faisons et c'est bon". Oui c'est vraiment bon, surtout quand on le met au milieu de la table et qu'on le fait disparaitre à deux cuillères.
Plus tard, elle a choisi des chaussures rouges avec des cupcakes sur les côtés, qu'elle a voulu garder aux pieds ("ça lui donne un petit air Bobo", m'a dit la vendeuse...décidément...). Elle était vraiment ravissante dans son manteau bleu, elle a regardé les vêtements et les vitrines avec moi, elle a été un ange (le serveur m'avait dit au moment de l'addition "qu'est-ce qu'elle est sage"...et aussi "vous savez que vous avez des confettis dans les cheveux ??").
J'en ai profité pour aller chez Parent, le meilleur maraicher de Lille (ben oui...la grenade) où j'ai appris et bien pris que "ce n'est plus la saison Madame" (en même temps, dans la mesure où ça vient d'un pays exotique, comment ça peut ne pas pousser toute l'année ?*), et devant la mine gourmande de ma fille je n'ai pas été en état psychologique de refuser une barquette de fraises à 8, 50 euros (énormes les fraises et les deux qu'elle m'a laissé étaient très bonnes).
Nous sommes rentrées de Charmante humeur chez nous, pour constater que nous avions raté de peu le retour de mon Chéri, qui n'avait pas les clefs, n'avait pas mangé mais pas rancunier avait taillé les rosiers pendant presque 4 heures (et le soir il a classé, plié et rangé tous les vêtements que j'avais posé sur le lit), comme quoi, il ne faut jamais désespérer de l'espèce humaine.
Le soir, j'ai remplacé la grenade de la recette par des groseilles que j'avais achetées chez Parent...c'était mieux en fait...


* Depuis, j'ai appris que la grenade est cueillie de septembre à décembre...

lundi 27 février 2012

QU'ETES -VOUS DEVENUS DEPUIS 1994 ?



Hier*, dans mon bain dominical (vous avez compris qu’il m’inspire), j’ai eu envie de relire un Marie-Claire idées d’automne 1994 (Non, je ne suis pas honteuse, oui j’assume).
Les raisons qui m’ont poussée à aller rechercher un magazine un peu usé et à m’y replonger sont multiples mais je vous promets de ne pas en faire des pages avec tirets et subdivisions.


La plus simple est que j’avais envie de revoir la photo d'un service en porcelaine dont j’étais tombée éperdûment amoureuse et qui m’avait poussée à commettre l’irréparable : prendre sans autorisation écrite le-dit magazine dans la salle d’attente de mon médecin de l’époque. Ce premier contact a initialisé ma fidélité à Marie-Claire idées sans pour autant avoir la présence d’esprit de m’abonner … Depuis tout ce temps j’en aurais fait des économies…(!!)
Ce service en porcelaine, qui venait de chez Bernardaud, s’appelait Eugénie de Montijo. Je ne sais pas qui était miss Eugénie… et je m’en tape, mais cette photo représente pour moi l'absolue Délicatesse. (si vous êtes tout à fait curieux, vous pouvez voir le motif en photo sur le site ; un motif fleuri, ceux/celles qui me connaissent le reconnaitront d'instinct). Je pense que ce service est indisponible...(en fait j'ai depuis pris des renseignements, et sur commande, il peut renaitre)... je vais réparer un manque : du temps où ma grand-mère était encore vivante, et face à ses remarques que rien ne me resterait aprés sa mort, je lui avais proposé de m'acheter petit à petit la photo, au fil des anniversaires ect. Ce qu'elle n'a jamais fait une seule fois, arguant que des torchons ou des mouchoirs seraient plus utiles. Passons...

Outre, cette photo d'attachement à un service à thé, on y trouve aussi des motifs un peu mexicain, un peu kilim et pas mal de tweed beige grisâtre pas terrible ; un reportage mode d'un couple en virée en bretagne (la fille, Laurence qui a été longtemps le visage de Dessange, fût un temps dans la même classe que ma cousine) ; une photo pour les cachemires Bompard (nettement moins connus à l'époque); Deux jeunes filles scottish sur un tartan rouge; la recette du cake aux épices; comment porter le même pull quand on est mère et fille et aussi que rapporter de Bath ...et du Laura Ashley un peu partout.
Du coup, j'ai ressorti le suivant : septembre 1996 (qu'est-ce que j'ai foutu en septembre 1995 ?) pour y trouver une photo de mon parfum éternel de l'époque, DIVA (que j'ai porté des années), une fille sur une plage de Normandie porte une écharpe Kenzo (de là est née une autre obsession), confipote faisait de la confiture framboise à la rose, toujours la même fille qui fait la pub Bompard (sa coupe de cheveux sera montrée à divers coiffeurs et donnera lieu à 412,7 tentatives de reproduction plus ou moins fidèle).
C'est aussi dans ces magasines que j'ai imprimé et réimprimé dans mon esprit les parfums Annick Goutal

Il y a quelque chose de rassurant de se replonger dans une époque révolue (en l'occurence mes années d'étudiante fauchée dans des apparts minables mais riche d'une certaine liberté et qui collectionnait dans sa tête ce qui serait pour elle des buts à atteindre : trouver un garçon assez gentil pour m'emmener en w-e, avoir une écharpe Kenzo autour du coup, voyager et porter des parfums difficiles à trouver...).

Depuis, je me suis achetée juste le sucrier (si fière d'avoir réussie ma 4ème année...Et au retour vers mon appartement, j'ai réussi aussi à croiser une certaine personne sans lui lancer un regard et indifférente à son bonjour). Mais, depuis, j'ai aussi fait la paix avec ma mère et quelque chose me dit qu'elle mettra du coeur à faire ce que sa mère a laissé comme belle occasion.
En 1998, j'ai fait connaissance avec les parfums AG grâce à Hélène ma copine de l'époque et ma coloc à Louvain, parce qu'elle connaissait une fille qui bossait au Soleil d'or et la fournissait en échantillons. Pouvions-nous nous sentir plus reines et heureuses de les sentir et les essayer dans le train qui nous ramenait en France ? Depuis, j'ai plus de flacons que d'échantillons...en suis-je plus heureuse ? pas sûr...par contre, je suis toujours restée fidèle à l'eau de Charlotte (outre que ce parfum me va par tous les jours et temps, il est ma madeleine de Proust de ce que je viens de vous raconter...autre petite anecdote en passant : je prenais beaucoup l'Eurostar (les tarifs pour étudiant était préférentiels et c'était plus rapide) mais il s'arrêtait toujours pour moi à Lille (Londres était alors le rêve inacessible). Je rêvais de poursuivre, de ne pas descendre du train et de découvrir les lumières de Londres pelotonnée derrière la vitre, d'y poser un pied comme si on m'offrait grande ouverte la porte d'un paradis. je me souviens que je restais souvent sur le quai pour le regarder partir avec cette conviction en moi de ne pas descendre du train un jour. L'étudiante en moi ne se lassera jamais je crois de cette chance infinie maintenant de le prendre si souvent et de descendre à Waterloo et maintenant à Saint Pancras. Pour que le miracle soit total, il faudrait que je le prenne alors que la nuit est déjà tombéeça peut se faire (bon je vais quand même pas aller le prendre à Bruxelles Midi, ça fait un peu cher et compliqué l'illusion d'optique.
Depuis, j'ai trouvé un gentil garçon qui m'a emmenée faire bien des w-e et des voyages, qui m'a mis une écharpe Kenzo autour du coup, qui a même su me convaincre de faire une petite fille (nous devons elle et moi avoir le même âge que celles qui ont le même pull) et qui sait que d'acheter des billets Eurostar me met toujours des étoiles dans les yeux

Bon, je n'ai toujours pas pris le chemin d'économiser pour m'offrir un cachemire Bompard mais.... aprés tout... ce n'est pas une catastrophe

* comme dirait Monica complétement ivre (dans l'épisode : Celui qui avait un singe/The one with the fake Monica) "chut, chut, je mens", en fait j'ai commencé à écrire cette chronique il y a plus d'une semaine...mais j'ai eu la grippe alors...

vendredi 17 février 2012

LA FILLE QUI AVAIT UN PETIT CHAT DANS LE COU *


Un certain dimanche, j’ai entendu parler de Brigitte Bardot en ces termes : « elle fond complètement et  a la plus grande compassion devant n’importe quel petit chat ».
Je suis de ces personnes.  J'aurais pu écrire que "chaque chat est Chef d'oeuvre". (1)
Depuis hier, nous avons un nouveau chat. J'avais dit, face aux propositions, que le prochain petit chat qui ferait partie de la maison devrait croiser ma route. Ma cop' Audrey attend avec impatience son siamois, dont elle suit avec attendrissement l'éducation sur facebook. Comme toute personne responsable, elle ne l'aura que lorsque celui-ci sera totalement sevré et sociabilisé. Cela a réveillé mon envie de regarder un chat grandir tout en le câlinant, mais j'en étais restée à cette certitude qu'il était quelque part et que nous allions nous rencontrer un joru ou l'autre. C'est arrivé bien plus tôt que prévu et sa venue s'inscrit dans la tradition des chats qui ont habité ma maison actuelle : ce sont tous des chats trouvés. Il y a de cela presque 10 ans, avant d'emmènager, j'avais projeté de ma faire accompagner par un Border terrier et surtout un Sacré de Birmanie. Résultat des courses, je me suis retrouvée avec un Chow-chow noir et toute une succession de chats de gouttière. C'est la vie...
oui, les cinq chats qui ont vécu ou sont encore dans ma vie ont tous été trouvés sur un bord de route ou des buissons d'épines. Ils étaient tous chatons et n'appartenaient à personne. Et cela, depuis qu'une ancienne collègue m'a rapporté Calypso, mon chat rayé aux yeux verts...petite crevette de quelques semaines qui a partagé sagement notre vie pendant 7 ans.
Quand je dis que le prochain chat devait "croiser ma route", pour être honnète, il a croisé la route de mon chéri et cela a bien failli lui être fatal : Il a vu quelque chose traverser la route, a dû faire un écart et par chance les deux s'en sont sortis indemnes et quitte à reprendre leurs esprits.
Hier nous nous sommes donc relayés pour nourrir, réchauffer et faire comprendre à cette petite chose ébouriffée qu'elle allait recevoir amour et attention.
J'ai d'ailleurs dépensé beaucoup d'énergie hier soir à lui fabriquer une bouillote à mettre dans un dodo. Et bien entendu, cette bouillote n'a servi à rien puisqu'il/elle a dormi sur notre lit.
Pendant que je lui manifestais une affection légitime, petit chat  a adopté un comportement qui m' a paru étrange : il est venu se nicher dans mon cou qu'il a copieusement labouré de ses pattes, il donnait des coups avec son museau, miaulait et me regardait l'air frustré...en fait, il voulait têter. Et bien entendu je n'avais aucun moyen de lui rendre sa mère et sa fratrie et tout ce que cela implique de chaleur rassurante, de quiétude, de siestes les uns contre les autres, pleines de rêves heureux.
Autant cette soirée s'était déroulée dans une belle harmonie, mais là une bouffée de rage m'a envahie : quel être normalement constitué peut priver ainsi un petit être vivant de ce auquel il a droit, l'environnement qui lui permet de grandir dans des conditions prévues par tout ce que l'évolution a prévu...Je me suis sentie désemparée et triste pour ce petit chat. Je sais, pour avoir élévé des chatons avec des histoires différentes que le scénario le plus probable qui a mis petit chat sur notre chemin c'est qu'il a été abandonné sciemment par des humains inhumains.
Je ne fais aucun sentimentalisme excessif et je ne ferai pas la comparaison avec un enfant. Mais, je reste persuadée qu'il faut respecter les étapes du développement de l'un comme de l'autre.  Je sais que d'éviter tout contact et câlins avec les bébés produit des enfants idiots et que les chatons qui ont été beaucoup dorlottés et manipulés sont plus éveillés et sociables...ce qui veut dire deux fois la même chose.

Je vous laisse à vos réflexions et vais donc commencer une nouvelle aventure féline... et je vais faire mienne l'idée d'Aldous Huxley"Si vous voulez écrire, ayez des chats" ...




*Ce titre fait référence à la célèbre trilogie de Stieg Larsson. Ses fans auront apprécié l’allusion…J’espère…En ce qui me concerne, je ne l’ai pas encore lue, mais je compte bien pallier à ce manque total de discernement dans les mois à venir.

(1) Léonard de Vinci

Pourquoi est-ce qu'on ne s'habillerait pas comme dans les années 40 ?





Cette réflexion m'est venue en regardant il y a deux jours un inédit d'Hercule Poirot (Les pendules, si ça intéresse quelqu'un) et j'avoue être tombée en amour devant les tenues que portait l'héroïne. Des petites vestes cintrées, des petits chapeaux et des tailleurs hyper féminins. Ceci a été renforcé ce matin quand je suis tombée sur « rendez-vous avec la mort » qui se déroule à la même période en Syrie. Je vous donne ces détails car cela m’a mis devant les yeux le même type de tenue mais en été. Et j’ai vraiment été sensible à ces petites robes simples mais si bien coupées, des gants et encore des chapeaux… (Même si on est d’accord, je n’ai pas la morphologie pour porter des jupes à mi-mollets…encore que…après tout à l’époque ce n’était pas forcément des géantes).
Bien-entendu chacune d’entre nous aurait certainement l’air ridicule si nous reprenions la tenue telle qu’elle, quoique dans les très grandes villes, personne ne porte autant attention que dans les patelins pourris où j’ai toujours vécu. Il est vrai aussi que les petites touches de vrai rouge sur des ongles courts et des rouges à lèvres rouge de rouge que j’ai vu dans ces histoires sont tout à fait dans la tendance.

Pour être tout à fait honnête, cette idée avait été amorcée quand Miss Lulu pourvoyeuse de poudre (magique) avait présenté avec un enthousiasme partagé une partie de la collection de cette marque hyper féminine (dont j’ai oublié le nom). Ma connaissance des adaptations pour le cinéma et la télévision des romans et nouvelles de Dame Agatha me laisse penser qu’il s’agirait davantage des années 30…mais on ne va pas chipoter : j'adore la façon dont Tuppence est habillée et on retrouve deux constantes dans ces époques: l’hyper féminité et cette impression que toute pièce a été coupée pour sa destinatrice. Elle en avait peu (on parle de la classe moyenne) mais cela lui allait bien.

J’ai longtemps cherché à marier un aspect suranné à la mode du moment. Je n’ai pas la prétention d’être à la mode. D’ailleurs, je ne l’ai jamais eu. J’ai été élevée en province, dans des petites villes où la mode arrivait à pieds (donc avec quelques années de retard) et à une époque où être à la mode était beaucoup plus inaccessible mais paradoxalement plus simple. Je m’explique : il suffisait de montrer quelque marque sur le jean, le pull ou le blouson et l’affaire était faite. En même temps, Chipie ou Chevignon, par exemple était pour moi (et beaucoup de collégiens et lycéens de mon entourage) l’équivalent de D&G ou Prada aujourd’hui…j’exagère mais pas tant que ça. Je ne veux pas crier misère, mes parents n’étaient pas dans le besoin, mais j’ai tendance à répéter que sur l’ensemble de mes années de lycée j’ai eu un jean Liberto et une paire de creeks comme fringues, on va dire un peu haut de gamme. Et j’étais très fière de les avoir.
Comparativement, à l’époque actuelle, cela équivaudrait à ce qu’une lycéenne dépense (ou fait dépenser) en un mois. J’exagère un peu de nouveau, mais vous voyez ce que je veux dire ? A chaque fois que je vois la baby-sitter de ma fille, cela me frappe : des cheveux jusqu’aux ongles, en passant par le sac, les bijoux, le blouson et les fringues que je ne vais pas détailler, il lui « faut » une multitude de détails pour être « dans la norme » (car elles se ressemblent toutes les petites minettes fraîches de son âge : la mèche bien brushée, le grand sac, le blouson court…). Et, je ne crois pas que ces parents soient richissimes, alors comment fait-elle ou font-ils pour subvenir à de tels besoins ?

Je vous ramène encore en arrière, surtout celles qui ont été ado dans les années 80 et début 90 : l’argent de poche était de l’ordre de 100 francs (en tous cas c’était ce qu’avait une de mes copines, moi j’ai mis 10 ans à les obtenir vu que mes parents voulaient tout contrôler) et je n’ai vraiment pas ruiné mes parents en coiffeur (en même temps je ne voulais pas qu’on me coupe les cheveux), mais le « must » dans mon entourage c’était d’avoir une permanente et quand elles en avaient deux dans l’année c’était Byzance. (Oui, je me souviens, sur certaines cela avait une petite touche caniche qui n’a jamais été reproduite depuis…heureusement). Allez, maintenant, donner 15 euros d’argent de poche à un ado, ça va le faire rire…ou le fâcher…oui l’augmentation du coût de la vie d’accord mais combien ? 80…100…150 euros ? Quand Candice sera ado, la norme sera à combien ?

La norme maintenant, c’est la marque pour tout. Celle qui est très chère (pour ce que c’est, comme toutes les marques « Bobos » style Zadig et Voltaire, Maje ou Sandro), celle qui est à la mode (converse qui a connu des années d’oubli est redevenu un indispensable) et celle qui sort du lot (là, je fais appel à toutes celles qui vivent dans les très grandes villes pour me donner des noms...vous savez ces marques de créateurs pas encore connues, sauf d’un milieu très « pointu »). Tout ça à la fois. Et moi, ça me dépasse. Vraiment. En plus, je me reconnais de moins en moins dans cette mode qui nous vient des Etats-Unis. Je ne parle pas des marques et je ne porte aucun jugement. Cela m’a frappée hier alors que je regardais quelques épisodes de Sex and the City : cette façon d’associer tout et n’importe quoi c’est ce qu’on voit maintenant dans les défilés et sur les « modeuses » (oui ben j’ai Paris première quand même au fond de ma cambrousse).
Bon, une petite pique quand même : les filles dans SATC me rappellent toujours ce que j’avais lu dans un article français (pourtant élogieux) « leur façon de s’habiller insulte en permanence le bon goût ». Quand je pense qu’ils paient quelqu’un à plein temps pour leur apporter un « style »…bon, on va se limiter à dire que nous sommes deux nations différentes et s’arrêter là*.

Enfin, je n’ai plus la taille de mes 20 ans, je n’ai pas la taille d’un mannequin et j’ai finalement peu de temps pour m’habiller et si possible que cela me mette en valeur. Cet hiver j’ai acheté un adorable petit gilet en fausse fourrure à ma fille. La fourrure vient de Tissavel (c’est une société du nord qui fabrique des fausses fourrures, de toute beauté et à s’y méprendre, pour la haute couture mais à un coût bien moindre). Bref, j’ai envie de me faire faire le même. C’est compliqué pour cette année mais est-ce que ce ne serait pas la bonne solution : plutôt que de remplir mon placard de fringues qui ne me vont pas vraiment et qui sont déjà démodées le mois suivant, est-ce que je ne ferais pas mieux de repérer quelques belles pièces et de les faire faire à mes mesures ?

Et tant qu’à faire, est-ce que je n’irais pas chercher l’inspiration dans les années 40 ?

* Aprés tout c'est de bonne guerre. Dans la série, il y a un parfum anti-européen qui sent mauvais : le fromage français leur provoque des intoxications alimentaires, à Paris miss Carrie vient "pour se faire larguer" et les rues sont pleines de merde de chien...